Grosjean : "Je me donne à 150%"
Après cinq Grands Prix d'un apprentissage mené au pas de charge dans des conditions ardues, Romain Grosjean nous expose les défis qu'il doit relever. Avec "l'envie que ça continue" avec Renault en 2010.Vous saviez que la Formule 1 serait très difficile...Je m'y étais préparé, tout en étant conscient qu'on ne sait jamais exactement dans quoi on se lance. C'est effectivement plus difficile que tout ce que l'on peut s'imaginer. Mais j'ai gardé la même approche qu'avant la F1, afin d'arriver toujours bien mentalement et physiquement sur un circuit. Répondre à ce défi passe évidemment par toujours plus de travail avec les ingénieurs.
Vous êtes arrivé dans une période troublée par la fameuse affaire. Avez-vous pu vous intégrer sans être perturbé par tout ce remue-ménage ?Le département technique s'est toujours focalisé sur la performance, le côté sportif, en faisant abstraction des événements. Je me suis toujours bien senti dans l'équipe.
Rapidement, on a vu que l'absence de roulage hivernal était votre principal handicap...Effectivement. J'ai passé six mois sans rouler entre la fin du GP2 2008 et le début du GP2 2009, j'ai débuté en F1 à mi-saison à Valence, avec zéro connaissance. Sans être jamais monté dans un simulateur de ma vie, sans avoir jamais roulé dans la R29. Avec en gros 140 tours au volant d'une F1, en juillet 2008. On m'a donné cette opportunité, cette chance énorme, et je ne la regrette en rien. Je pense que tout le monde a oublié que j'étais en période d'apprentissage, et qu'on ne roule pas tant que ça lors d'un week-end de Grand Prix par rapport à une journée d'essais intensive. Et puis, sur mes cinq Grands Prix, trois ne peuvent pas vraiment être considérés comme tels. Ça s'est arrêté pour moi au premier virage à Spa, je me suis fait shooter au premier virage à Monza et mes freins n'ont pas fait un tour à Singapour.
Vous avez fait des débuts intéressants à Valence...La voiture fonctionnait bien, et du coup c'était plus facile d'en tirer le meilleur. Mais sur les dernières courses, on a manqué un peu de performance. Et essayer de rattraper ça au pilotage en conduisant à 110 ou 120% amène à faire des fautes…
Pensez-vous avoir été victime de votre tempérament d'attaquant sur les contacts qui se sont produits sur certains départs ? Auriez-vous pu être un peu plus sur la réserve ?Non. A Valence, je me suis fait bousculer dans tous les sens sans comprendre. Quand on regarde les images de Spa, je n'y suis pour rien non plus. A Monza, j'étais justement sur la réserve et je me suis fait shooter. J'ai fait le premier relais sur trois roues et toute la course avec un diffuseur endommagé. A Suzuka, je n'ai pas voulu attaquer Fernando. Je ne pense pas avoir été trop agressif.
On a le sentiment que vous n'avez pas cerné les limites de la R29 dans toutes les circonstances...C'est clair. Il me manque encore de la confiance dans la voiture pour savoir ce qu'elle est capable de faire dans certaines situations. J'essaie donc de m'inspirer des datas de Fernando [Alonso].
En quoi vous aide-t-il ?En fait, un pilote n'est jamais à fond lors des séances d'essais libres. Je peux me rapprocher de lui mais sans avoir une idée précise de ce qui se passe. En qualification Fernando fait des choses que je ne pensais pas possibles, y compris en termes de pilotage. En effet, une Formule 1 se conduit très différemment en fonction des réglages de différentiel. Je ne me doute pas toujours de ce qui est possible de faire et je vois ça sur les datas, une fois que la qualif terminée. La plupart du temps, c'est trop tard.
En quoi pouvez-vous mieux apprivoiser la R29 ?Dans tout ce qui est aides électroniques, en particulier le différentiel. Ça peut énormément changer la voiture lorsqu'elle ne se comporte pas forcément bien. Il me reste beaucoup à apprendre sur les réglages à bord. On peut jouer sur ces paramètres en séance d'essais privés mais pas le vendredi ou le samedi des GP car on ne peut se permettre d'induire du sous-virage en modifiant le différentiel alors qu'on roule pour évaluer la tenue des gommes sur un long relais. Je le fais donc en course, sans avoir une idée précise de la partie sur laquelle ça influe, et à quels moments.
En GP2, vous parveniez vite aux limites de la voiture, même sur un nouveau circuit.Mon plus gros problème aujourd'hui est de ne pas savoir au bout de trois tours ce que la voiture peut faire. Avant, je le savais tout de suite. Là, il me faut une bonne séance et des analyses comparatives. C'est pourquoi le delta est en général assez important le vendredi matin.
En cinq Grands Prix, vous n'avez jamais couru deux fois de suite sur le même type de circuit, avec les mêmes valeurs d'appuis ou la même voiture. L'apprentissage du KERS à Monza a été un exemple de ce parcours d'obstacles...C'est vrai. Mais je savais que ça serais très dur. Dans mon esprit, je suis parti pour ces sept GP en me disant que c'est une préparation à 2010. On ne peut pas attendre des résultats immédiats d'un pilote qui n'a jamais testé, jamais fait de simulateur, qui ne connait pas la voiture. Les cinq circuits que j'ai faits étaient extraordinaires mais en même temps très difficiles, dans des conditions à chaque fois différentes. J'ai surmonté des obstacles, il en reste pas mal mais je crois que je ne m'en sors pas trop mal.
Aussi, Renault est la seule écurie du plateau à ne pas avoir de simulateur...J'ai regardé des vidéos embarquées de Sao Paulo. Elles sont très jolies mais on a l'impression que la piste est plate, alors qu'à la sortie du virage 12 ça doit monter entre 13 et 14%. Un simulateur serait un gain énorme mais bon, c'est ainsi.
Bob Bell a redit que vous aviez "un gros potentiel"...Je me donne à 150% pour Renault, je suis hyper fier d'être le pilote français dans l'écurie française. L'histoire est déjà très belle avec mes titres en F3 (2007) et en GP2 Asie (2008). J'ai envie que ça continue. Pour ça, il me faut le soutien de mon écurie pour pouvoir me donner, être 100% en confiance. Ce qu'a dit Bob est important. Je suis aussi prêt à entendre les critiques constructives pour avancer. Je veux écrire le chapitre 2 de l'histoire Renault-Grosjean.
Le marché en vue de 2010 est très volatile. Rarement autant de pilotes ont été sous pression...Il y a beaucoup de mouvements, ce qui met le doute. Des pilotes cherchent de la place, des équipes veulent faire baisser les prix. C'est de bonne guerre.
Quels résultats espérez-vous à Sao Paulo et Abou Dhabi ?J'espère une météo clémente ici pour faire une belle course. Abou Dhabi sera intéressant car tout le monde partira à égalité. Et même si j'aurais des coups de retard sur la connaissance de la F1, j'en aurais deux fois moins que d'habitude.